Tendance startups : pourquoi ne pas faire de la Tunisie, l’Estonie de l’Afrique?

By October 29, 2017News
Intervention de Bassem Bouguerra, CEO d’IntilaQ Tunisie dans le Forum du e-learning sur le potentiel des startups en Tunisie et comment pourront nous créer notre prochain champion local afin d’offrir une meilleure exposition à notre écosystème entrepreneurial

Un marché de l’emploi marqué par le décalage entre l’offre et la demande, une génération de jeunes ne voulant pas des schémas professionnels classiques, un monde qui se digitalise… autant de facteurs propices à l’épanouissement d’un écosystème de startups pouvant sauver les économies les plus frileuses. 

Un écosystème, des difficultés

Côté tunisien, entre les potentialités et l’état des lieux, il y a un monde. Ce même monde qui se distancie de nous en matière de création de startups et de richesses, par elles, générées. Les facteurs derrière ce manque à gagner sont nombreux. C’est souvent le cadre juridique qui est pointé du doigt, les lourdeurs administratives ralentissant la création de startups et handicapant celles-ci, en matière de compétitivité à l’international.

A côté de ce système marqué par une gouvernance non optimale mais en voie de réforme, un autre est mis en place par de nombreux acteurs. Ceux-là sont les adjuvants, dans cette guerre menée par les jeunes générations sur les archaïsmes économiques.

Malgré l’apport de ces organismes aux natures et aux offres diverses, des lacunes persistent dans l’accompagnement proposé aux jeunes entrepreneurs. Pour cause, peu d’entre elles se consacrent à la phase de lancement et souvent l’absence de soutien dans les premières étapes ne favorise pas l’émergence et le déploiement des idées les plus intéressantes.

Et ils sont nombreux à ne pas avancer du stade de l’idée, minés par des entraves sociales et par des freins psychologiques. Plus facile, en effet de réussir socialement en étant dans le moule du conformisme, de ne pas prendre de risques et de vivre sans inspiration en l’absence de succès visibles autour de soi.

Car dans les sociétés modernes minées par les crises économiques et le chômage, le succès est une culture. Il se cultive et devient un mode de communication diffusant, au niveau local l’ambition contagieuse et, au niveau international, l’attractivité positive.

Une réussite, des exemples

Pourtant, ailleurs, des pays ont réussi leur transformation au profit d’une économie novatrice et d’un micro climat propice au développement des startups. Ainsi l’Estonie, comme la Jordanie, sont devenues de réels modèles en la matière.

Avec une startup devenue un succès mondial, le pays de Skype a pu propulser sa dynamique entrepreneuriale, une dynamique s’orientant essentiellement vers l’étranger compte tenu de la taille réduite du marché local. Malgré des entraves de départ consistant en une population de seulement près d’un million d’habitants et en un appauvrissement après la chute de l’URSS, l’Estonie a su rebondir dans le bon sens et créer la culture du succès.

La Jordanie a emprunté la même voie, après le succès d’une première startup vendue à Yahoo pour 160 millions de dollars. « Maktoub » créée en 2000 a ainsi été le précurseur d’une tendance qui a pu se développer grâce à un cadre générateur de succès. Résultat des courses: un pays qui continue d’innover, de faire des sorties réussies à l’international et d’attirer les investisseurs.

Les deux exemples précités sont la preuve que le succès n’est pas si loin de nous, qu’il n’est pas forcément lié au rêve américain ou à un idéal européen.  Miser sur quelques atouts et enclencher les changements nécessaires, voilà ce qui pourrait nous permettre de réaliser une avancée bénéfique pour nos startups.

Un potentiel, des adjuvants

Sur cet écosystème potentiellement florissant, de nombreuses institutions ont misé dessus. Amenant l’appui nécessaire aux différentes phases de vie d’une startup, des organismes proposent une offre allant du conseil au soutien matériel à des jeunes aux idées novatrices.

Peu d’entre elles proposent une offre de financement complète, relevait au mois d’avril le rapport de Startup Act, l’événement qui avait pour but de « libérer le potentiel entrepreneurial en Tunisie ».

Citées comme locomotives de taille, Diva, Capitalease et Intilaq assurent l’accompagnement des startups en Tunisie. Elles accompagnent ainsi ce pays vers son objectif consistant à en faire, d’ici 2020, un hub entrepreneurial en Afrique.

Opérant dans le secteur des TIC, Diva SICAR propose le financement des PME « innovantes et technologiques ». Celle-ci propose également aide et conseils de différentes natures.  Une offre qui va du stade de la création à celui de l’accompagnement et qui vise à générer des projets aux retombées positives sur le secteur des technologies en Tunisie.

Le fonds d’amorçage CAPITALease a consacré, quant à lui, 15 millions de dinars aux startups tunisiennes. « En effet, la stabilité politique et les signes favorables d’une reprise économique imminente ne peuvent que conforter les investisseurs », expliquaient les responsables de ce projet dès 2015.

Cité parmi les organismes aux offres les plus complètes, le fonds INTILAQ se présente comme le « leader de l’innovation dans le domaine des TIC ». Outre l’aide aux projets ayant déjà vu le jour, INTILAQ a aussi étendu son action au stade de la formation.

De nombreux cycles sont proposés dans ce sens à de jeunes Tunisiens afin de combler les lacunes de leur formation académique. Près de 500 étudiants ont pu bénéficier de ces programmes et 26 startups ont pu voir le jour, grâce à ce parrainage.

3 millions de dinars seront investis au profit de startups tunisiennes par cet organisme qui se présente comme « un hub d’opportunités et d’affaires ».

Derrière ces initiatives de soutien et d’accompagnement, il n’y a donc pas que des soutiens locaux, mais des structures étrangères voyant le potentiel que nous avons, le voyant parfois bien plus que nous ne le voyons nous-mêmes. Il est peut-être temps de regarder en dehors de la bulle et de pousser la machine dans le bon sens et avec les bons objectifs.

Si d’autres pays l’ont fait, pourquoi pas nous ?

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